Paysages Limite I
8 décembre 2014


Paysages Limite I

Dans son grand projet inachevé, Paris capitale du XIXème siècle, Walter Benjamin posait la ville comme le lieu le plus favorable à l’expérience des limites. La question était de voir s’il ne pouvait y en avoir un autre. Et en référence au « Dès lors qu’il y a territoire, il y a limite » de Jean-Pierre Renard et Patrick Piconet, je décidais de travailler sur le territoire de la limite : la frontière. Il y a quelques intérêts à travailler sur une frontière (en l’occurrence la frontière Franco Italienne), à l’heure où elles disparaissent pour laisser place à une unité plus vaste au sein de l’Europe. La frontière c’est le lieu dans lequel se situe la limite. La frontière c’est cette zone « tampon » qui enserre la démarcation, pour en réguler la traversée. C’est une zone entre deux monde. La limite existe à peine en fait -juste quelque traits et panneaux sur le bord d’une route- mais la frontière elle est certaine, massive, pleine. Elle limite le passage. Quand la frontière disparaît, alors le passage reprend ses droits.

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« Paysages limite I » regroupe une série d’images des éléments physiques de la frontière. Elle est composée dans un style résolument documentaire (Evans et la FSA ne sont pas éloignés de même que la mission de la DATAR de 1983). Les images sont construites sur un modèle d’assemblage d’image, ainsi se dégage la valeur symbolique du territoire. La composition, ou plutôt la dé-composition se justifie par la nécessité de rompre avec une composition globale, qui laisserait croire à une continuité. La frontière n’est en rien le lieu de la continuité c’est celui de la limite, celle qui tranche l’espace, le sculpte, le modèle. Ainsi se forme l’espace clos du territoire. En ce sens les images rejouent dans leur composition propre leur ancien rôle politique. Par ailleurs, la statuaire des Becher est convoquée de même que leur rapport au temps. Ce sont des images d’un monde en train de disparaître. Ce sont les vestiges d’une conception du territoire qui a abouti à la destruction de l’Europe.

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Ce qui est fascinant dans la limite, c’est qu’elle viens marquer la fin (et le début) d’un territoire. Le territoire ne s’inscrit que dans sa limite, il n’existe que dans ses barrières ultimes qui marquent la fin d’une zone et le début d’une autre. Deleuze, envisageait la limite sous l’angle de la « déterritorialisation ». C’est-à-dire sous l’angle du passage d’une limite, de la sortie du territoire, du franchissement.

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